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Ergonomie

Exosquelettes en usine : ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire

Exosquelettes en usine : ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire

Un représentant vous propose un exosquelette « qui soulage le dos de vos manutentionnaires ». Un superviseur a vu une vidéo où des travailleurs vissent au plafond toute la journée sans fatigue apparente. Le comité SST se demande si c’est la solution au poste où les épaules souffrent depuis des années. Les exosquelettes industriels se font une place dans les usines et les chantiers du Québec, et la question revient souvent : est-ce que ça marche ?

La réponse honnête : parfois, pour certaines tâches, à certaines conditions. Un exosquelette peut réduire l’effort de certains muscles. Il ne règle pas un poste mal conçu et il peut créer de nouveaux risques. Ce guide, sans parti pris pour un fournisseur, vous aide à savoir quand l’envisager, comment l’essayer et quoi vérifier avant d’acheter.

Qu’est-ce qu’un exosquelette industriel ?

Un exosquelette est une structure portée sur le corps qui assiste un mouvement ou maintient une posture. Il prend appui sur certaines parties du corps (hanches, cuisses, tronc) pour soulager une autre zone : le bas du dos quand on se penche, les épaules quand on travaille les bras levés.

Deux idées fausses à écarter dès le départ :

  • Il ne rend pas plus fort. Un exosquelette industriel vise à réduire la sollicitation de certains muscles pendant une tâche précise, pas à soulever des charges plus lourdes.
  • Il ne fait pas disparaître l’effort. Il le redistribue. Ce qui n’est plus porté par les épaules passe par la ceinture, les hanches ou les cuisses.

Il se distingue des aides techniques fixes (palan, manipulateur, bras porte-outil sur rail) : celles-ci reprennent la charge à l’extérieur du corps, alors que l’exosquelette la fait toujours transiter par la personne.

Passifs ou actifs, dos ou épaules

On classe les exosquelettes selon deux critères : leur source d’énergie et la région du corps qu’ils soutiennent.

Grille des types d’exosquelettes : passifs ou actifs, pour le dos ou pour les épaules et les bras, avec leurs usages typiques, avantages et contraintes

  • Les exosquelettes passifs utilisent des ressorts, des élastiques ou des vérins à gaz. Ils emmagasinent de l’énergie quand vous vous penchez ou baissez les bras, puis la restituent. Ils sont plus légers, sans batterie, plus simples à entretenir. Leur assistance dépend de la position : elle est utile dans une certaine plage de mouvement et peut gêner en dehors.
  • Les exosquelettes actifs ajoutent des moteurs ou des actionneurs, des capteurs et une batterie. L’assistance peut être plus forte et parfois réglable selon la tâche. En contrepartie : poids, recharge, entretien, coût plus élevé et nouveaux éléments à vérifier.

Il existe aussi des modèles pour les jambes (appui en position semi-assise) et pour la main (assistance à la préhension). Ils restent moins répandus en usine.

Les tâches où ils peuvent aider

Un exosquelette donne ses meilleurs résultats quand la tâche est stable, répétée et prévisible :

  • travail prolongé ou répété les bras au-dessus des épaules : vissage, perçage ou soudure en hauteur, installation sous un convoyeur, entretien d’équipements suspendus ;
  • maintien prolongé d’un outil à bout de bras ;
  • travail penché vers l’avant maintenu, ou flexions répétées du tronc pour prendre des pièces de poids modéré ;
  • manutention répétée de charges modérées quand aucune aide fixe n’est possible.

Il convient moins bien aux tâches très variées, aux déplacements fréquents, aux espaces restreints, aux montées d’échelle, à la conduite d’un chariot élévateur ou aux postes où l’on doit souvent s’asseoir. Les tâches de maintenance en hauteur, dont l’emplacement change d’une intervention à l’autre, sont souvent de meilleures candidates qu’un poste de production fixe : sur un poste fixe, le réaménagement est presque toujours possible.

Leurs limites et les nouveaux risques

Introduire un exosquelette, c’est introduire un nouvel équipement dans le travail. Il faut donc en apprécier les risques comme pour tout changement, idéalement avec la même démarche que pour une analyse de risques SST.

Ce qu’un exosquelette peut faire, ce qu’il ne peut pas faire et les nouveaux risques à surveiller : inconfort, transfert de charge, chaleur, mobilité, accrochage, faux sentiment de sécurité

Les points à surveiller le plus souvent :

  • L’inconfort aux points d’appui : pression sur les cuisses, les hanches ou les épaules, frottement, irritation de la peau.
  • Le transfert de charge : la zone soulagée va mieux, mais une autre travaille davantage. Il faut demander aux utilisateurs où ils ressentent de la fatigue, pas seulement s’ils vont mieux.
  • La chaleur : sangles et coussinets retiennent la chaleur, un enjeu réel dans une usine chaude ou l’été.
  • L’ajustement : un exosquelette mal ajusté soulage mal et blesse davantage. Les morphologies sont variées ; un modèle offert en peu de tailles laissera une partie de l’équipe de côté.
  • La mobilité et l’équilibre : gêne pour se pencher, se retourner, monter un escalier ou passer dans un espace étroit, et risque de chute qui en découle.
  • L’accrochage : une structure qui dépasse du corps peut s’accrocher à une pièce en mouvement. Près d’un convoyeur ou d’une machine, c’est un risque grave.
  • Le faux sentiment de sécurité : une personne assistée peut être tentée de soulever plus ou plus longtemps.
  • L’acceptation : regard des collègues, temps pour l’enfiler, impression d’être « réparé ». Un équipement que l’on n’a pas choisi finit souvent dans un casier.

Enfin, les effets d’un port quotidien sur plusieurs années restent encore mal connus. C’est une raison de plus pour suivre les utilisateurs dans le temps.

Un complément, pas un substitut

Dans la hiérarchie des mesures de prévention, l’exosquelette se situe loin de la source : il agit sur la personne, pas sur la tâche. Avant d’en acheter, posez les questions dans l’ordre :

  1. Peut-on éliminer la tâche ou l’effort (automatisation, convoyeur, changement de procédé) ?
  2. Peut-on réaménager le poste : abaisser la pièce, la faire pivoter, rapprocher l’outil, installer une plateforme ?
  3. Une aide fixe (palan, table élévatrice, bras porte-outil) reprendrait-elle la charge hors du corps ?
  4. L’organisation du travail peut-elle réduire la durée d’exposition ?

L’exosquelette prend son sens quand ces options ne sont pas réalisables, ou en attendant un réaménagement qui prendra du temps. Pour la démarche complète de prévention des TMS, voyez notre guide sur l’ergonomie au travail en usine.

Mener un essai sérieux

Ne décidez jamais sur une démonstration de quinze minutes. L’enthousiasme du premier jour, comme l’inconfort des premières heures, ne dit pas grand-chose de l’usage réel. Un essai structuré se déroule en cinq temps.

Les cinq étapes d’un essai d’exosquelette en usine : choisir la tâche et les volontaires, mesurer avant, ajuster et former, essai progressif, décider avec les utilisateurs

Bien choisir la tâche et les participants

Ciblez une tâche précise, déjà repérée comme exigeante, et non « l’entrepôt » en général. Recrutez des volontaires de morphologies et d’ancienneté variées, y compris quelques sceptiques : leur avis est le plus utile. Précisez que chacun peut arrêter l’essai à tout moment.

Définir les critères avant de commencer

  • inconfort et fatigue par zone du corps, avant et pendant l’essai ;
  • temps pour enfiler, ajuster et retirer l’équipement ;
  • gêne dans les mouvements, les déplacements et l’accès aux machines ;
  • chaleur et confort en fin de quart ;
  • temps de port réel par rapport au temps prévu ;
  • effet sur la qualité et le rythme du travail ;
  • incidents : accrochages, pertes d’équilibre, irritations.

Recueillir l’avis des utilisateurs

Prévoyez un court questionnaire à intervalles réguliers et un échange en fin d’essai. Demandez ce qui a changé, mais aussi où la fatigue s’est déplacée. Le superviseur et le comité SST doivent avoir accès aux résultats. Une décision prise avec les utilisateurs a beaucoup plus de chances de durer : les principes de la gestion du changement s’appliquent ici comme ailleurs.

Pour un retour d’expérience concret, lisez le compte rendu de la conférence sur l’adoption des exosquelettes présentée à notre colloque.

Avant d’acheter : la liste de vérification

  • Ajustement : nombre de tailles, plages de réglage, temps d’ajustement par utilisateur.
  • Poids et encombrement : compatibles avec les déplacements et les espaces du poste ?
  • Compatibilité avec les EPI : harnais antichute, ceinture porte-outils, vêtements ignifuges ou de haute visibilité, casque.
  • Environnement : chaleur, froid, poussière, humidité, produits chimiques, proximité de pièces en mouvement ; pour un modèle actif, utilisation possible dans une zone à risque d’explosion.
  • Hygiène : coussinets lavables ou remplaçables, règles si l’équipement est partagé entre quarts.
  • Batterie (modèle actif) : autonomie, recharge, entreposage, procédure en cas de défaillance.
  • Entretien : inspection avant usage, pièces de rechange, garantie, responsable désigné.
  • Accompagnement : prêt pour essai, formation des utilisateurs et des superviseurs, soutien après l’achat.
  • Consignes : tâches permises et interdites avec l’exosquelette, durée de port, signes qui doivent mener à l’arrêt.

Consultez aussi le comité SST ou les représentants des travailleurs avant la décision, et vérifiez auprès de la CNESST les obligations de prévention qui s’appliquent à votre établissement lors de l’introduction d’un nouvel équipement.

Un exosquelette peut rendre service sur une tâche bien choisie, après qu’on a cherché à corriger le poste lui-même. Traitez-le comme n’importe quel nouvel équipement : une analyse des risques, un essai mesuré, l’avis de ceux qui le porteront et un suivi dans le temps. C’est cette rigueur, plus que le modèle choisi, qui fera la différence.

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