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Gestion des risques

Analyse de risques SST : la méthode pas à pas

Analyse de risques SST : la méthode pas à pas

Dans bien des usines, l’analyse de risques existe sur papier : un tableau rempli au bureau il y a quelques années, rangé dans un cartable ou un dossier partagé. Pendant ce temps, la ligne a changé de format, un convoyeur a été ajouté et les opérateurs ont trouvé leurs propres façons de débloquer la machine. Le document dit une chose, le plancher en vit une autre.

Une analyse de risques SST utile se fait au poste, avec les personnes qui font le travail, et débouche sur des actions suivies. Ce guide présente une méthode en dix étapes, applicable à une tâche ou à un poste précis, avec une grille d’estimation et un exemple concret.

Danger, risque, analyse : les bases

Trois mots reviennent sans cesse et sont souvent confondus.

  • Le danger est ce qui peut causer une lésion : une pièce en mouvement, une énergie emmagasinée, un produit corrosif, une charge lourde, une hauteur.
  • Le risque combine deux choses : la gravité de la lésion possible et la probabilité qu’elle survienne, qui dépend notamment de l’exposition des personnes au danger.
  • L’analyse de risques est la démarche qui repère les dangers d’une tâche, estime les risques et choisit les mesures pour les éliminer ou les contrôler.

Cet article porte sur l’analyse menée au niveau d’un poste ou d’une tâche. Elle s’inscrit dans une démarche plus large de gestion des risques à l’échelle de l’établissement, que nous décrivons dans 6 étapes pour une gestion efficace des risques en SST.

Au Québec, la LSST fait de l’identification et du contrôle des risques une obligation de l’employeur, et le programme de prévention ou le plan d’action exigé selon la taille de l’établissement doit s’appuyer sur cette identification. Le comité de santé et de sécurité et le représentant en SST y ont aussi un rôle. Pour connaître les obligations exactes qui s’appliquent à votre milieu, référez-vous à la CNESST.

Les dix étapes d’une analyse de risques SST regroupées en quatre temps : préparer, analyser, agir et suivre

Préparer l’analyse (étapes 1 à 3)

1. Délimiter le périmètre

Choisissez un objet précis : un poste, une machine, une tâche. « L’atelier d’usinage » est trop large ; « le changement d’outil sur le tour à commande numérique T-2 » est analysable en une rencontre. Nommez aussi les modes de fonctionnement à couvrir. La production normale n’est qu’une partie de l’histoire : réglages, changements de format, nettoyage, déblocages, maintenance et redémarrage après un arrêt sont souvent les moments les plus risqués.

2. Réunir les bonnes personnes

Une analyse faite seul, au bureau, passe à côté de l’essentiel. Réunissez deux ou trois personnes qui font la tâche (idéalement de quarts différents), le superviseur, quelqu’un de la maintenance qui connaît l’équipement et un membre du comité SST. Le rôle de l’animateur est de faire parler le terrain, pas de remplir la grille à sa place.

3. Découper la tâche en étapes

Allez observer la tâche pendant qu’elle se fait. Notez chaque étape avec un verbe d’action : retirer le protecteur, desserrer les guides, soulever la pièce de format, ajuster, faire un essai. Comparez avec la procédure écrite : les écarts entre le travail prescrit et le travail réel sont une mine d’information, pas une faute à corriger. Ils révèlent souvent une procédure impraticable ou un équipement mal adapté.

Identifier et estimer les risques (étapes 4 à 6)

4. Identifier les dangers, famille par famille

Pour chaque étape, passez en revue les grandes familles de dangers. Une liste évite de ne voir que les dangers évidents :

  • mécaniques : happement, coincement, écrasement, coupure, projection ;
  • énergies : électrique, pneumatique, hydraulique, thermique, gravité, énergie résiduelle ;
  • chimiques : produits de nettoyage, solvants, poussières, fumées ;
  • physiques : bruit, vibrations, chaleur, froid, éclairage ;
  • ergonomiques : efforts, postures contraignantes, gestes répétitifs ;
  • chutes et circulation : planchers glissants, travail en hauteur, chariots élévateurs ;
  • organisationnels et psychosociaux : cadence, pression du temps, travail seul, consignes contradictoires.

Demandez aussi ce qui se passe quand ça va mal : un bourrage, une pièce qui coince, un outil manquant. C’est souvent là que les gens improvisent.

5. Estimer le risque

Pour chaque danger retenu, estimez la gravité de la lésion la plus plausible et sa probabilité, en tenant compte des mesures déjà en place. Une grille qualitative à quatre niveaux suffit dans la plupart des cas. Son plus grand mérite n’est pas sa précision, mais la discussion qu’elle provoque : quand l’opérateur estime « fréquent » ce que le superviseur juge « rare », il y a quelque chose à comprendre.

Exemple de grille d’estimation du risque croisant quatre niveaux de gravité et quatre niveaux de probabilité, avec la conduite à tenir pour les risques faibles, modérés, élevés et critiques

Définissez par écrit ce que veut dire chaque niveau dans votre usine, et gardez la même grille pour toutes les analyses. Sinon, les résultats ne se comparent pas d’un secteur à l’autre.

6. Prioriser

Classez les risques du plus élevé au plus faible. Deux nuances importantes : un risque à gravité très élevée mérite l’attention même s’il paraît rare, et un risque facile à réduire peut être traité tout de suite, sans attendre son tour. Prioriser ne veut pas dire ignorer le bas de la liste ; cela veut dire décider dans quel ordre on agit.

Choisir et assigner les mesures (étapes 7 et 8)

7. Choisir les mesures selon la hiérarchie

Toutes les mesures ne se valent pas. La hiérarchie des mesures de prévention les classe de la plus efficace à la moins efficace :

  1. éliminer le danger (supprimer l’étape, déplacer le réglage hors de la zone dangereuse) ;
  2. remplacer par quelque chose de moins dangereux (produit, procédé, outil) ;
  3. mesures d’ingénierie : protecteurs, dispositifs de protection, ventilation, aides à la manutention ;
  4. mesures administratives : méthodes de travail, cadenassage, formation, signalisation, rotation ;
  5. équipements de protection individuelle.

Plus on descend, plus la protection dépend du geste de chaque personne, à chaque fois. Commencez toujours par le haut, et combinez les niveaux au besoin. Pour les interventions sur les machines, voyez aussi comment implanter le cadenassage en 5 étapes sur le site de Maintenance Québec.

Hiérarchie des mesures de prévention, d’éliminer jusqu’aux équipements de protection individuelle, avec un exemple pour le changement de format sur une ligne d’emballage

8. Assigner les actions

Chaque mesure retenue devient une action avec un responsable, une échéance et les ressources nécessaires (budget, temps de la maintenance, achat). Une mesure sans responsable reste une bonne intention. Pour un risque élevé dont la solution prendra du temps, prévoyez une mesure temporaire et dites-le clairement aux personnes concernées.

Vérifier et réviser (étapes 9 et 10)

9. Vérifier l’efficacité

Une action terminée n’est pas forcément une action efficace. Retournez au poste et vérifiez trois choses :

  • la mesure est-elle en place et utilisée, à tous les quarts ?
  • le risque a-t-il réellement baissé, une fois réestimé avec la même grille ?
  • la mesure a-t-elle créé un nouveau risque ou une nouvelle contrainte qui pousse à la contourner ?

10. Réviser l’analyse

L’analyse doit vivre avec le poste. Révisez-la à chaque changement d’équipement, de méthode, de produit ou d’aménagement, après un accident, un incident ou un quasi-accident, et à un intervalle que vous fixez vous-mêmes. Une enquête d’accident qui révèle un danger absent de l’analyse est un signal clair ; voyez notre guide pratique d’enquête et d’analyse d’accident.

Exemple : le changement de format

Exemple hypothétique. Sur une ligne d’emballage, les opérateurs changent de format plusieurs fois par semaine. L’équipe d’analyse (deux opérateurs, le superviseur, un mécanicien et une membre du comité SST) observe un changement complet et retient cinq étapes. Voici un extrait de sa grille :

ÉtapeDanger repéréRisque estimé
Retirer le protecteurDémarrage intempestif pendant que les mains sont dans la zoneCritique
Ajuster les guidesCoincement des doigts entre le guide et le bâtiÉlevé
Changer les pièces de formatEffort et posture contraignante pour soulever les piècesÉlevé
Faire l’essaiBruit près de la machine en marcheModéré

L’équipe constate que le cadenassage n’est pas appliqué au changement de format : l’interrupteur est loin et « on en a pour cinq minutes ». Plutôt que de simplement rappeler la règle, elle propose d’ajouter un dispositif d’isolement près du poste, de rendre les guides réglables de l’extérieur et d’installer un chariot pour les pièces de format. Le superviseur assigne chaque action et une vérification au poste est prévue après l’installation.

Les erreurs fréquentes

  • Analyser au bureau. Sans observer la tâche, on analyse la procédure, pas le travail.
  • Oublier les modes non routiniers. Le déblocage, le nettoyage et le réglage concentrent une bonne part des risques sérieux.
  • Choisir l’EPI ou la formation par réflexe. Ce sont les mesures les plus rapides à décider, et les moins fiables.
  • Estimer le risque sans tenir compte du travail réel. Un protecteur souvent retiré ne protège pas.
  • Fermer l’analyse sans vérifier l’effet des mesures, ni réviser après un changement.
  • Exclure les travailleurs. Ce sont eux qui connaissent les contournements, et eux qui appliqueront les mesures.

Plusieurs entreprises d’ici ont partagé leur démarche lors de nos événements. Le compte rendu de la démarche d’analyse de risques du Groupe Soucy montre comment inventorier et pondérer les risques avec la réalité du plancher, et la conférence de Michel Pérusse sur la culture de sécurité et le plan de gestion des risques fait le lien entre l’analyse et la maturité de l’organisation.

Commencez petit : un poste, une tâche, une rencontre au plancher avec ceux qui la font. Une analyse simple, révisée et suivie d’actions vaut mieux qu’un inventaire complet que personne ne consulte.

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